L’enregistrement, étalé dans le temps, s’est d’abord fait à Strasbourg, chez Bastien et au studio de l’ingénieur du son Baptiste Bruzi (déjà collaborateur sur le premier EP), en compagnie d’une clarinette basse (Gen Tanaka), de la flûte traversière (Louise Deschodt), de saxophones et de vents. C’est ensuite à Paris, dans le studio Hippocampus, habitué aux productions filmiques, que Jimy a enregistré la voix. Laissant reposer (un temps) les guitares et les branchements électriques, DÉVORE dévoile ainsi une suite — disons-le — radicale, mais toujours aussi fascinante, symbole de renouveau.
Les chansons qui le composent cultivent l’art du sample, hérité du hip-hop alternatif — de DJ Krush à Day One — tout en se frottant aux pulsations obstinées de la musique minimaliste américaine, avec Wim Mertens et Steve Reich en lignes de fuite. S’y ajoutent la brume trip-hop de Tricky, les textures sensibles de Boards of Canada ou d’Erika de Casier, et une tension harmonique héritée de la musique baroque. Le tout porté par un vrai désir d’ouvrir le son vers une indie pop / art rock, dans l’esprit de Breton, Young Fathers et Santigold.
Cette pluralité n’est pas un geste esthétique gratuit : c’est le reflet direct de ce que racontent les textes — toujours plus personnels, peut-être plus sombres aussi. Jolt ne se résume pas à une parenthèse : c’est un chapitre essentiel, affirmé, qui scelle une nouvelle étape dans l’histoire de DÉVORE.